Dissémination mondiale du coronavirus : les surprenantes leçons d’une étrange pandémie

Omer NTOUGOU, Expert gabonais en préservation de la biodiversité et dynamique environnementale offre une analyse qui décoiffe sur la répartition mondiale de la pandémie et les comportements adoptés par les États dans la lutte contre la pandémie.

Par Omer NTOUGOU (1) – On a beau être convaincus qu’on fait partie du même monde, que la fluidité des communications est si étendue aujourd’hui que la planète entière est devenue un vaste village (selon la formule consacrée), il reste quand même que la carte dont je viens de prendre le cliché me porte à m’interroger.

Quand même, ce coronavirus ne frappe-t-il d’abord l’humanité qu’aux entrailles de ses nations les plus riches, orgueilleuses, surpuissantes, maillots jaunes de la prospérité, de la finance et de la technologie? Car les ratios que la pandémie nous présente sont quand même étonnants, quand bien même les médias occidentaux nous certifient qu’elle entend mettre toute l’humanité devant le même risque de fragilité.

Les chiffres d’abord (agrégés de plusieurs sources), par ordre de gravité : le monde affiche à ce jour près de 3.256.570 cas positifs au Covid19, dont 233.363 décès. La décomposition moyenne de ces chiffres nous donne, par ordre décroissant de cas positifs:

* Amérique du nord : 1.188.485 cas (Population : 579 millions; Premier cas positif : 20/01/2020; mortalité: 5,87%; patients dans un état grave: 1,69%; décédés : 69.901)

* Europe : 1.273.420 cas (Population : 741,4 millions; Premier cas positif : 23/01/2020; mortalité: 10,54%; patients dans un état grave: 1,72%; décédés : 134.275)

* Asie : 628.010 (Population : 4,463 milliards; Premier cas positif : 10/01/2020; mortalité: 3,14%; patients dans un état grave: 1,29%; décédés : 19,736)

* Amérique du sud : 178.638 cas (Population : 422 millions; Premier cas positif : 24/02/2020; mortalité: 4,93% patients dans un état grave: 5,51%; décédés : 8.808)

* Afrique : 39.787 cas (Population : 1,216 milliards; Premier cas positif : 13/02/2020; mortalité: 4,12%, patients dans un état grave: 0,32%; décédés : 1.638)

* Océanie : 8.506 cas (Population : 38,3 millions d’habitants; Premier cas positif : 24/01/2020; mortalité: 1,4% de patients dans un état grave: 0,4%; décédés : 120)

Les seules contestations de ces chiffres nous viennent de certains scientifiques et médias occidentaux, qui affirment, concernant la Chine par exemple, qu’il n’est pas possible qu’elle n’ait eu que 4.636 décès. (Pour mémoire : la Chine a une population de 1,393 milliards d’habitants et a déclaré 83,853 cas positifs). Personne, par contre, ne conteste les chiffres de l’Inde (population 1,353 milliards, 34.863 cas positifs pour 1.154 décès), qui sont étrangement similaires à ceux de l’Afrique (population 1.216 milliards, 39.787 cas positifs pour 1.638 décès).

Premier constat, le plus surprenant d’ailleurs : l’ordre mondial est respecté. Alors que le virus semblait avoir démarré sa course dans la cacophonie, il s’est résolu à respecter la courbe de la distribution normale de la richesse dans le monde. Je n’irai pas jusqu’à certifier que sa main invisible a adapté et régulé son expansion en fonction des lois du marché. Pourtant l’observatoire des inégalités renseigne (dès 2013) que L’Amérique du Nord et l’Europe détiennent ensemble 64,4 % du patrimoine monétaire mondial (32,7 % pour l’Amérique du Nord et 31,7 % pour l’Europe), l’Asie-Pacifique en détient 30,7 %, tandis que L’Afrique ne dispose que de 1,1 % de la richesse mondiale. Les courbes de la richesse mondiale et du Covid pourraient presque se fondre, se confondre et se rouler des pelles !

Le virus se paie même le luxe de nous offrir une interprétation inédite de la loi de Pareto (souvenez-vous: environ 80 % des effets sont le produit de 20 % des causes). Aujourd’hui 80% de la richesse mondiale est détenue par 20% de la population mondiale. Toutes choses étant égales par ailleurs, 80% de la pandémie est concentrée sur 20% de la population mondiale.

Second constat, découlant du premier : le virus descend les marches de l’escalier au lieu de les grimper. Le 26 mars, Les Etats-Unis avaient dépassé la barre des 80.000 cas, contre moins de 500 pour le voisin mexicain. Aujourd’hui (un mois plus tard), les USA affichent 1.069.534 cas et le Mexique 19.224 cas : s’il y a-t-il eu osmose, c’est allé dans quel sens ? L’ironie ici, c’est que si la crise persiste, le Mexique risque, ainsi que l’avait prédit Donald Trump, d’achever de construire ce mur qui le sépare des USA – mais pour empêcher que des américains positifs au Covid ne traversent la frontière pour répandre le virus au sud.

L’Afrique est dans le peloton de queue. On ne s’en étonne plus, habitués que nous sommes de trainer le pas derrière le reste de l’humanité. Mais pour une fois, avouons que l’effet est bénéfique. J’entends déjà certains prêcher, un livre saint à la main, que « les derniers seront les premiers …» ! On n’en est pas encore là, gardons les pieds sur terre.

Au-delà du « on vous jure qu’autour du mois de juin ça va vous tomber dessus pire que l’Europe », que l’OMS nous lance déjà chaque matin au réveil ; au-delà du « vous serez le principal réservoir des foyers secondaires de contamination de ce virus » que l’Asie (qui a déjà commencé) et l’occident (qui s’y mettra bientôt) nous réservent comme accusation dans les mois à venir (parce qu’il faut bien que l’Afrique soit fautive quelque part dans cette affaire, sinon cela déstructure la logique même de l’aide au développement – et des vaccins qui vont avec), il est tentant de souligner les inconséquences vers lesquelles le crépuscule de cette pandémie va nous conduire.

Dernier constat : l’épopée chevaleresque de ce virus va repositionner les déterminants et les enjeux de ce commerce triangulaire qui fait de l’Amérique du Nord et l’Europe les maîtres incontestés d’un commerce triangulaire dans lequel l’Afrique est le champ de coton à ciel ouvert et l’Asie l’atelier de couture confiné. Signes avant-coureurs : la Chine bouscule les lignes en se positionnant comme fournisseur exclusifs d’équipements mondiaux, et l’Afrique fabrique déjà sa tisane pour résister à la pression bientôt insistante (et plutôt menaçante) de vaccins certifiés FDA (Food And Drug Administration ) et/ou ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) et imposés via l’OMS.

Le monde devient anxiogène, mes amis. Les gestes barrières vont entrainer des comportements barrières, qui eux même vont nous replier vers des économies barrières.

Omer NTOUGOU (1), Expert gabonais sur les dynamiques environnementales. Analyse publiée le 1er Mai 2020.

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