GABON. Covid-19 : le Premier ministre NKOGHE BEKALE capitule, fin de l’État d’urgence et déconfinement sur la pointe des pieds

CHINA AFRICA MEDIA – Libreville, Par Innocent M’BADOUMA. Réuni par visioconférence sous la présidence du chef de l’Etat Ali BONGO ONDIMBA, en Conseil de Ministres vendredi 8 mai 2020, le Gouvernement a adopté un projet de loi mettant fin, à compter de ce lundi 11 mai 2020 à 24 heures l’Etat d’urgence. Il ne fait aucun doute : le Gouvernement a capitulé, pense une grande partie de l’opinion. Laquelle opinion estime que le Covid-19 est venu remonter à la face du Gouvernement, plusieurs années d’une gestion chaotique du pays.

Rappel des faits, le Gouvernement avait pris le 10 avril 2020 et pour quinze jours, un premier décret portant déclaration de l’Etat d’urgence en République gabonaise, mobilisant, entre autres, les forces de Sécurité et de Défense de 3e catégorie. Prorogé le 25 avril 2020, à la faveur de la loi N°002/2020 afin de donner au Gouvernement une période supplémentaire pour agir contre la propagation du coronavirus sur l’ensemble du territoire national.

La mise en place de l’Etat d’urgence intervenait, quasiment un mois après la déclaration du premier patient atteint de Covid-19 au Gabon, à savoir le 12 mars 2020. Au lieu que les cas ne baissent, le nombre de personnes infectées a plutôt augmenté en flèche, passant de quelques dizaines de cas, à près de 661 au 9 mai 2020. Dr Guy Patrick OBIANG NDONG, porte-parole du Comité de prévention et de riposte d’ajouter que dans quelques semaines, les cas pourraient augmenter par centaine.

Pire, cet état urgence en confinant « Le Grand Libreville », appellation qui englobe les villes Owendo et d’Akanda, des anciens quartiers de Libreville devenus des municipalités de plein exercice, ainsi que la ville de Ntoum, toutes contigües à Libreville, voulait éviter que la propagation de la maladie ne franchisse la province de l’Estuaire dont Libreville est le chef-lieu, vers l’intérieur du pays. Or, sur cette période de l’Etat d’urgence, le virus a touché la capitale économique Port-Gentil, Franceville, chef-lieu de la province natale du Président de la République, la ville Lambaréné au centre du Pays, et la province du Woleu-Ntem, frontalière au Cameroun.

Pendant ce temps, la fuite de Levy, réalisateur de télévision testé positif au Covid-19, lequel a filmé un bout de la calamiteuse prise en charge dans Centre Hospitalier Universitaire de Libreville (ancien Centre Hospitalier de Libreville – CHL) a conduit l’opinion nationale à s’interroger sur les vrais conditions de prise en charge des malades. Rattraper par la Police, le soir de sa sortie à son domicile où il vivait seul, le réalisateur s’était justifié sur les réseaux sociaux : « Je suis sorti de mon propre chef car cela faisait 9 jours que j’étais interné, et je n’ai même rien reçu en guise de traitement. Le personnel médical, malgré sa volonté est livré à lui-même, sans médicaments pour s’occuper des malades, sans équipement de protection ».  Dans sa courte vidéo on attend des malades s’énerver suite à la mauvaise alimentation et une infirmière à bout de souffle se plaindre. 

Dans les faits, plus de 36 % du personnel médical étaient infectés selon les statistiques du Copil. La mort du gynécologue camerounais exerçant à Libreville, diabétique et contaminé au Covid-19, son inhumation dans une fausse commune comme un indigent, puis son exhumation trois jours après, a surchauffé l’indignation des réseaux sociaux, et venues jeter du discrédit sur le comité de prévention et de riposte dont le Premier Ministre Julien NKOGHE BEKALE est politiquement à la tête.

Pour l’opinion nationale devenue très critique, il est inacceptable que le personnel médical meurt exposé à la maladie alors que le Président de la république, qui s’était fait filmer par son département communication, annonçait la réception d’une importante commande de 1,5 million de masques, des combinaisons de protections, et autres équipements médicaux. A ce don s’ajoutent les deux dons de la Fondation Jack-Ma et Alibaba, et, le don du Gouvernement chinois au Gouvernement gabonais.

Réception des combinaisons médicales : commande du Président de la République

Le personnel médical affirme n’avoir pas reçu ces équipements. Le personnel militaire non plus. Lequel s’est contenté pour nombreux d’entre eux d’une bavette tantôt assombrie par la sueur en raison du port prolongé faute de remplacement. Au sujet des masques à Libreville et au Gabon, les populations ont eu recours à des masques fait de pagne qui étouffent et pas cousus aux normes sanitaires et de confort.

A propos de politique, le syndicat du personnel et travailleurs médicaux s’était fendu d’un communiqué de presse où il a dénoncé les atermoiements du Gouvernement quant à l’adoption des protocoles thérapeutiques, et l’application sur le terrain des protocoles autres. La longue période de guérison a aussi conduit les Gabonais à s’interroger sur la qualité des soins administrés.

Dans cette atmosphère, le sixième décès du Covid-19 est venu jeter l’opprobre sur un Copil qualifié de « sulfureux » par ancien directeur de cabinet du Président de la République, et entacher un peu plus la crédibilité du ministère de la Santé et leur gestion de la Crise. En effet, le décès de Paulin BITOUGAT, 67 ans, professeur d’espagnol et frère Mme Christiane BITOUGAT, ancienne présidente du SENA – puissant syndicat de l’Education nationale difficilement corruptible à l’époque, ancienne présidente de l’Union des syndicats de l’administration publique, privée et parapublique (Usap) au Gabon, et ancienne ministre, ancien directeur de cabinet adjoint du cabinet présidentiel d’Omar BONGO ONDIMBA, a définitivement remonté l’opinion contre les atermoiements du Gouvernement dans la gestion des malades internés.

Sur les faits en rapport avec le décès de Paulin BITOUGAT, c’est le témoignage filmé et publié sur les réseaux sociaux par un Pasteur interné à la chambre 6 du CHUL, voisine à la chambre 7 du patient feu BITOUGAT qui met le feu aux poudres. « Il s’est écroulé à la douche, sans que le personnel médical ne l’assiste », disait le pasteur asymptomatique du Covid-19 qui l’a entendu tomber dans sa douche et soit venu lui porter secours. « 47 minutes sans qu’aucun personnel médical n’arrive, il a rendu l’âme dans mes mains », disait-il dans la vidéo mentionnant le manque de soins aux malades internés. Dans un post d’indignation sur sa page Facebook, Samuel NGOUA NGOU, proche de la famille du défunt, et Christiane BITOUGAT ancien directeur de cabinet adjoint du Président Ali BONGO ONDIMBA, premier président virulent du SENA, va bouleverser l’opinion.

Samuel NGOUA NGOU

Samuel NGOUA NGOU écrit ceci en réponse aux médias en ligne au service des certaines sphères du pouvoir qui le traitait d’aigris et de tous les noms d’oiseaux suite à la condamnation du Copil : « Des prélèvements ont été effectués sur Paulin BITOUGAT et ses proches, dont, entre autres, son épouse Rachel et sa sœur Christiane BITOUGAT. Ces prélèvements ont eu lieu dimanche, le 26 avril 2020, jour de son admission au CHUL. Jeudi 30 avril 2020, le résultat des examens de Paulin BITOUGAT sont sortis. Il a été officiellement déclaré positif au Covid-19. Ceux des autres personnes, à ce jour, ne sont toujours pas disponibles, alors qu’ils auraient été connus 48 heures après. Jeudi 30 avril, Paulin BITOUGAT est déplacé de la chambre qu’il occupait jusque-là, pour intégrer la chambre 7 réservée aux malades du Covid-19 et dans laquelle il a trouvé la mort. Depuis ce jeudi 30 avril, sa femme et les autres membres de la famille n’avaient plus accès à lui, au motif officiellement communiqué à la famille qu’il était malade du Covid-19 ».  Quand est-il été de ces soins diabétiques ? L’aurait-t-on privé de ses soins pour accroitre le nombre de morts ainsi que le laisse entendre les réseaux sociaux et à quel fin ?

Et NGOUA NGOU d’ajouter : « Les questions sont donc les suivantes: pourquoi cette situation de manque ? Qui a intérêt à cacher la réalité de la situation dans les formations sanitaires en question au Président de la République ? Pourquoi voudrait-on cacher au Président de la République qu’il y a une augmentation du nombre de malades et de morts du Covid-19 ? Qui a intérêt à ce que la vérité de l’évolution de la pandémie et de ses conséquences ne soient pas connus du Président de la République, qui, certainement, demanderait où sont passés les moyens débloqués ? Qui a intérêt à ce qu’il y ait une grève dans les hôpitaux, voire une explosion sociale dans le pays ? ».

Samuel NGOUA NGOU d’enfoncer et conclure à la responsabilité du Copil : « Aujourd’hui, le fonctionnement des hôpitaux accueillant les malades du Covid-19 est perturbé à cause du manque de matériel de soins, de l’indisponibilité des équipements de protection du personnel médical et de l’absence des médicaments. La responsabilité de cette situation incombe au COPIL, et exclusivement au COPIL ».

Covid-19 au Gabon : l’opinion perplexe

Les Gabonais sont interrogatifs. Pourquoi déconfiner sans le dire ouvertement, alors que le nombre de cas  a augmenté au 661 cas au 9 mai 2020 dont 8 décès ? Les réponses, il faut aller les chercher dans ce qui ressemble à un débordement du Gouvernement. « Depuis ma prise de fonction de premier ministre chef du gouvernement, le ciel n’a pas toujours été favorable avec moi je ne gère que les crises les crises et les crises, donnez un peu de force », a clamé le Premier Ministre, chef du Gouvernement, Julien NKOGHE BEKALE interpellé le 6 mai 2020, lui et son Gouvernement par le Senat et l’Assemblée nationale à s’expliquer sur sa gestion de la crise sanitaire du Covid-19 ; gestion jugée plutôt scabreuse par les Sénateurs.

Faut-il le préciser, la majorité des 143 députés gabonais, pour une écrasante majorité appartenant au Parti démocratique gabonais (PDG), parti au pouvoir, ne voyaient aucune lisibilité dans la gestion opaque des divers Fonds de plusieurs milliards de francs CFA déclarés par le président de la République pour riposter contre le Covid-19.

Impossible confinement : l’autorisation du Gouvernement d’ouvrir les marchés
est venue désarçonner le message du confinement total ou partiel et la distanciation sociale

En effet, lors du Conseil de ministres du 7 mars 2020, au lendemain de l’annonce par le Cameroun voisin du premier cas de Covid-10 sur son sol, le président de la république avait annoncé la mise en place d’un Fonds de riposte. Avant d’ajouter un Fonds de 2,1 milliards de FCFA, financer sur poche personnel pour la prise en charge par la Caisse nationale de Garantie sociale des Gabonais économiquement faibles. Malgré les donations des entreprises, des personnalités privés, aucune lisibilité.

Aucune lisibilité non plus, pour ce qui est de la prise en charge et de la stratégie sanitaire et économique malgré la batterie de mesures annoncées. Le Gouvernement est aussi resté vague dans sa réponse apportée aux députés concernant l’éducation de la jeunesse apprenante.

Devant la population pauvre, course contre-productive à la renommée

Dans les quartiers sous-intégrés de Libreville : la grogne monte depuis l’instauration du couvre-feu. Les populations vivant des revenus au quotidien ne peuvent continuer à rester confiner. Malgré le couvre-feu et le déploiement des forces de l’ordre, on a enregistré dans ce sens, des actes de vandalisme contre les épiceries et supérettes où des populations ont saccagé les rayons aliments aussi à Libreville qu’à l’intérieur du Gabon.

La compétition dans la distribution des aliments par les Brigades mis en place par le Gouvernement d’un côté, et de l’autre, le réseau des dons alimentaires de Nourredin VALENTIN BONGO, fils du président de la République et coordonnateur des affaires présidentielles à la Présidence de la République est venu jeter un grain de sable dans la sauce de l’aide sociale de l’Etat aux démunis. Ce « réseau des dons alimentaires présidentiels en quantité plus importants que celui du Gouvernement » a mis à mal la réputation des dons plus étriqués du Gouvernement officiel, « réseau présidentiel » s’appuyant sur les députés et les maires mandatés à la besogne de distribuer des sacs de riz et des conserves. Des députés et maires ravis de se présenter devant leurs électeurs économiquement faibles gadgets alimentaires en mains, histoire de maintenir aussi leur popularité tout en tentant de hisser le nom du fils du président dans le cœur des Gabonais pauvres.

A la face de la Nation, ces ballets de dons de sacs de riz et de conserves alors que les populations avaient besoins des équipements de protections commandés par le Président de la République se sont apparentés à des rivalités en sourdine, dégageant une odeur de précampagne électorale en prélude aux présidentielles de 2023. Une compétition « de politico-réputation » entre la Présidence de la République, le Gouvernement et le Copil pour se donner l’image de dirigeants proche du peuple, de manière à accroitre la sympathie auprès d’un peuple affamé et des supporters fanatiques.

Alors que les sphères du pouvoir se livrent à ce spectacle, la pandémie réserve bien de mauvaises surprises sanitaires et économiques à la Nation gabonaise, estiment bon nombre d’analystes, dont il est difficile pour l’heure de prévoir l’ampleur.

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