SOUDAN. Un chaos total règne après le départ d’Omar El-BECHIR

CHINA AFRICA MEDIA – Publication Al Jazeera – Un peu plus d’un an après la destitution du président Omar EL-BECHIR à la suite de manifestations de plusieurs mois à travers le pays, le Soudan se trouve dans une situation politique et socioéconomique de plus en plus difficile. Les forces contre-révolutionnaires ont cherché à annuler une grande partie des progrès accomplis depuis l’année dernière, tandis que le gouvernement civil, qui est censé conduire le pays dans une transition politique, est de plus en plus exposé aux attaques et aux divisions internes.

Pendant ce temps, l’alliance des Forces pour la liberté et le changement (FFC), la coalition civile derrière les manifestations qui ont aidé à former le gouvernement, fait face à une fragmentation croissante en raison de différences politiques, idéologiques et ethniques, affaiblissant davantage le pouvoir civil.

Dans cette situation de plus en plus difficile, le Premier ministre Abdalla HAMDOK a envoyé deux lettres aux Nations Unies, demandant la formation d’une mission politique spéciale au Soudan en vertu du chapitre VI de la Charte des Nations Unies, qui traite du règlement pacifique des différends. La mission actuelle des Nations Unies dans le pays, la Mission des Nations Unies et de l’Union africaine au Darfour (MINUAD), qui a été créée en vertu des dispositions du chapitre VII sur le maintien de la paix et fonctionne avec une force de l’Union africaine, a un mandat de maintien de la paix et de protection civile au Darfour qui expirera en octobre de cette année.

La nouvelle mission demandée est de couvrir « l’ensemble du territoire du Soudan » et de soutenir l’application de la Déclaration constitutionnelle du Soudan, qui a été introduite l’année dernière pour ouvrir la voie à un régime civil. Il serait également chargé de promouvoir les accords de paix dans les zones de conflit dans les États du Darfour, du Sud-Kordofan et du Nil bleu, de mobiliser l’aide économique internationale, de coordonner l’aide humanitaire et d’élaborer des statuts et divers efforts de réforme de l’État, comme indiqué dans Lettres de HAMDOK à l’ONU.

Sa demande, si elle est approuvée, fera passer le rôle de la communauté internationale au Soudan du maintien de la paix à la consolidation de la paix, ce que Khartoum demande depuis l’année dernière. Cette décision du Premier ministre a déclenché un débat extrêmement houleux et des tensions qui pourraient conduire à de profondes divisions et à la violence au Soudan.

De nombreux groupes islamistes, en particulier les dirigeants et les partisans de l’ancien régime, en ont profité pour attaquer le gouvernement et l’accuser de saper la souveraineté et l’indépendance du pays et de mettre en péril son intégrité territoriale en ouvrant le Soudan au nouveau colonialisme.

Entre autres facteurs, les accusations découlent d’affirmations selon lesquelles les lettres de HAMDOK à l’ONU reflétaient la proposition conjointe britannique et allemande au Conseil de sécurité de l’ONU. Cela a renforcé la conviction dans certains milieux que la nouvelle mission de l’ONU demandée serait un outil d’ingérence étrangère dans les affaires intérieures du Soudan et que le gouvernement de Hamdok est une marionnette de puissances étrangères.

D’autres ont également jugé cette décision problématique, bien que pour des raisons différentes.

De nombreux militants et observateurs à l’intérieur du pays pensent que les divisions au sein du FFC et l’incapacité de Hamdok à capitaliser sur l’élan de la révolution en mobilisant le soutien de la base pour son gouvernement l’ont affaiblie. Sa demande d’une nouvelle mission des Nations Unies, qui correspond dans une certaine mesure aux propositions britanniques et allemandes, constitue une tentative de renforcer sa légitimité internationale alors qu’il fait face à des problèmes intérieurs croissants.

Mais plus inquiétant, la décision de HAMDOK de rechercher une mission politique sans pouvoir de maintien de la paix est une concession aux militaires. Beaucoup craignent que les tensions entre le Premier ministre et le FFC l’aient poussé à solliciter le soutien du général Abdel FATTAH Al BURBAN, chef de l’armée et président du Conseil souverain de transition, et de Mohamed HAMDAN DAGALO (également connu sous le nom de HEMETI), le chef des Forces de soutien rapide (RSF), l’une des principales milices parrainées par l’État accusées de crimes de guerre au Darfour.

Il est dans l’intérêt de l’armée et de RSF que les Casques bleus des Nations Unies se retirent du pays et qu’aucune force étrangère n’ait un mandat de protection civile, ce qui entraverait leurs opérations dans différents points chauds du conflit à travers le pays. Une présence plus faible de l’ONU signifierait également une position plus faible du pouvoir civil vis-à-vis des militaires. Sans aucun doute, cette situation finira par saper le gouvernement civil du Soudan et la transition qu’il est censé mener.

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